Avant de restaurer les forêts et les sols, il est essentiel de comprendre leur rôle dans la santé des écosystèmes et les impacts de la dégradation forestière sur les sols. Forêts et sols sont étroitement liés et doivent être gérés comme un seul système. La restauration dépend du contexte, façonnée par les conditions locales et l'histoire de l'utilisation des terres. Ce guide résume les résultats des travaux de terrain du projet SUPERB, présentés dans un tableau indiquant les impacts attendus sur la santé physique, chimique et biologique des sols.
Les forêts et les sols forestiers sont des composantes essentielles des écosystèmes terrestres, fournissant un large éventail de services écosystémiques, notamment la séquestration du carbone, la régulation du climat, le cycle des nutriments et la filtration de l'eau. Par conséquent, leur conservation doit être prioritaire, dans la mesure du possible, afin de maintenir les fonctions écologiques et la durabilité à long terme. Lorsque la conservation n'est plus viable en raison de perturbations anthropiques ou d'une dégradation naturelle, une restauration écologique devient nécessaire. Les efforts de restauration doivent adopter une approche holistique favorisant le rétablissement de la santé des sols, incluant leurs propriétés physiques, chimiques et biologiques, tout en reconnaissant l'interconnexion intrinsèque entre la restauration des forêts et celle des sols. Pour guider efficacement la restauration, il est essentiel d'évaluer l'état et la capacité des sols grâce à une cartographie spatiale et à des diagnostics spécifiques au site. Cela permet de sélectionner des stratégies de restauration adaptées aux contraintes et au potentiel des sols. De plus, la cartographie de la capacité des sols peut éclairer des attentes réalistes en matière de rétablissement des services écosystémiques. La restauration elle-même peut comprendre de multiples techniques et interventions, résumées dans ce rapport, ainsi que leur impact sur différents paramètres pédologiques. Cet outil pratique permet de sélectionner des interventions adaptées au contexte qui favorisent efficacement le rétablissement de la santé des sols et la résilience des écosystèmes. Le suivi est un élément essentiel pour guider et évaluer le succès de la restauration. Il repose sur des indicateurs évolutifs, rentables, rapides et applicables à toutes les échelles spatiales. Ces indicateurs permettent des comparaisons entre sites et des évaluations à long terme. La cartographie des capacités et de l'état des sols avant la restauration permet d'identifier les limites et les potentiels spécifiques au site. Le suivi doit commencer par une base de référence avant la restauration afin d'établir les conditions de référence et d'orienter le choix des indicateurs. De plus, l'identification des problèmes de dégradation est une étape importante de la phase de pré-suivi. Le suivi post-restauration doit être structuré, cohérent et longitudinal, afin de saisir les réponses des sols à court et à long terme. L'utilisation d'indicateurs évolutifs facilite le suivi de la régénération des sols dans des paysages hétérogènes, améliorant ainsi la comparabilité et la pertinence des politiques.
Ce guide synthétise les principaux résultats des travaux menés dans le cadre du projet SUPERB. Ces résultats sont illustrés dans un tableau intégré présentant les impacts attendus des mesures de restauration sur les aspects physiques, chimiques et biologiques de la santé des sols. De plus, nous proposons un dispositif de suivi pour une sélection d'indicateurs évolutifs afin de soutenir l'évaluation à long terme de la santé des sols. Nous soulignons la nécessité de mesures de restauration adaptées au contexte et tenant compte des capacités intrinsèques du sol, plutôt que d'appliquer des traitements généraux.
Les forêts couvrent environ 31 % de la surface terrestre, assurent la subsistance de millions de personnes et abritent la majeure partie de la biodiversité terrestre. Des forêts saines offrent de nombreux avantages écologiques, économiques et sociaux qui soutiennent plus de 8 milliards de personnes (De Groot et al., 2002 ; Jenkins et Schaap, 2018).
Malgré l'importance de la conservation des forêts, leur dégradation massive se poursuit. À l'échelle mondiale, 420 millions d'hectares de forêts ont été perdus à cause de la déforestation entre 1990 et 2020, et bien que le taux de déforestation mondial ait récemment diminué, on estime que 10 millions d'hectares ont encore été perdus chaque année entre 2015 et 2020 (FAO, 2022).
Lorsque la conservation des sols échoue et que les sols sont dégradés, contribuant à la dégradation générale des forêts ou en étant la cause principale, la restauration des sols est essentielle (Maes et al., 2023). Il est clair que la restauration des forêts et des sols sont étroitement liées, car la santé des sols influence directement le rétablissement des forêts et la stabilité à long terme des écosystèmes (Raupp et al., 2024).
Le succès des mesures axées sur la restauration des forêts et des sols varie considérablement et dépend des conditions et du contexte du site. Il est donc impossible d'adopter une approche universelle et la caractérisation du site est fondamentale pour une restauration réussie (Hobbs et Harris, 2001).
Cette ligne directrice vise à fournir un aperçu complet des leçons tirées de SUPERB et des lignes directrices générales pour la restauration des forêts, avec un accent particulier sur la restauration et la surveillance de la santé des sols après la prise de mesures de restauration des forêts et des sols.