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Propriétaires fonciers / Praticiens

2.4 Bois mort, vétéranisation

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Des milliers d'espèces forestières dépendent du bois mort et ont des exigences très spécifiques quant à son essence. Préserver cette riche biodiversité nécessite non seulement de fournir un certain volume de bois mort, mais aussi de prendre en compte divers critères qualitatifs. Le bois mort se forme par mortalité naturelle et le maintien du bois présent dans un peuplement constitue une première étape essentielle pour garantir les ressources nécessaires à certaines espèces. Toutefois, pour assurer une plus grande diversité d'arbres morts et de bois mort de qualité particulière, des mesures actives peuvent également s'avérer nécessaires. Il peut s'agir, par exemple, de rajeunir certains arbres et de soutenir les jeunes peuplements forestiers par des aménagements recréant les conditions typiques des forêts biologiquement plus anciennes.

Les espèces dépendantes du bois mort appartiennent à de nombreux groupes, notamment les insectes, les champignons, les lichens, les mousses, ainsi que certaines espèces d'oiseaux et de mammifères. Il est bien établi que, parmi les ressources disponibles, les arbres morts sont essentiels à la biodiversité forestière. Par conséquent, une gestion forestière soucieuse de la biodiversité doit garantir une quantité et une qualité suffisantes de bois mort. En conditions naturelles, on estime généralement qu'environ 20 % du volume total de bois d'un peuplement est constitué d'arbres morts. Dans la plupart des forêts aménagées, ces proportions sont généralement bien inférieures. Atteindre les niveaux naturels en pratique peut s'avérer difficile, mais il est possible d'obtenir des résultats significatifs, même avec des proportions plus faibles, en privilégiant la qualité.

Un facteur primordial à prendre en compte est le bois mort sur pied et au sol, car il représente deux ressources distinctes. Certaines essences d'arbres, ou des arbres imprégnés de résine, peuvent rester longtemps sur pied, sous forme de chicots, permettant à différentes espèces d'exploiter cette ressource à différents stades de leur développement. Certaines vivent directement sur l'écorce (par exemple, les lichens) et dans l'espace entre l'écorce et le bois (par exemple, les insectes et les champignons) des arbres récemment morts, tandis que d'autres colonisent la surface nue de l'arbre après la chute de l'écorce. Cette communauté est ensuite plus ou moins entièrement remplacée par d'autres espèces lorsque le chicot finit par tomber. La durée de vie d'un chicot varie énormément selon les essences d'arbres et leur cycle de vie, mais il est important, dans la mesure du possible, de protéger les chicots de leur chute.

Les différentes essences d'arbres, du fait de la qualité de leur écorce et de leur bois, abritent des communautés d'espèces distinctes, même après leur mort. La composition chimique de l'arbre est un facteur important, mais son taux de croissance a également un impact significatif. La vitesse de décomposition varie considérablement d'une essence à l'autre et les conditions favorables aux espèces associées évoluent avec le temps. Par conséquent, la gestion forestière devrait viser à inclure toutes les essences typiques, y compris le bois mort.

D'autres facteurs importants sont la taille du bois mort et sa position au sol. De toute évidence, les tiges plus grosses mettent plus de temps à se décomposer et offrent un habitat plus longtemps. De plus, elles sont moins susceptibles d'être envahies par la végétation au sol que les tiges plus petites. Il existe également des preuves que certaines espèces sont directement influencées par la taille de la tige et, en particulier, les tiges plus grosses abritent souvent une communauté plus riche d'espèces rares et menacées.

Un aspect plus complexe de la gestion réside dans la diversité des communautés d'espèces qui composent les différents stades de décomposition. Bien qu'il soit possible d'apporter du bois mort frais, la décomposition est un processus long, souvent s'étalant sur plusieurs décennies. Il est donc crucial de protéger les arbres morts en décomposition lors des opérations de gestion. Toutefois, si l'on souhaite ajouter du bois mort, il est conseillé de l'étaler dans le temps plutôt que d'en apporter une grande quantité en une seule fois.

Le terme de vétérinisation désigne une situation où la gestion vise à créer, au niveau du peuplement ou de l'arbre, des caractéristiques de vieux peuplements. À l'échelle du peuplement, cela consiste principalement à abattre ou à éliminer délibérément des arbres. Pour les arbres vivants, cela peut inclure l'endommagement de l'écorce afin de ralentir leur croissance ou de permettre à certaines espèces de les coloniser. Il est également possible d'introduire des espèces, notamment des champignons lignivores, par inoculation sur des arbres vivants. Ces méthodes favorisent une riche biodiversité pour les espèces de bois mort, mais doivent évidemment être mises en œuvre de manière à ne pas compromettre la santé globale du peuplement forestier. Certains scolytes et champignons sont considérés comme des ravageurs et, bien qu'ils fassent naturellement partie des forêts, une grande quantité de bois mort frais peut déclencher des infestations.

Si l'on envisage des mesures visant à augmenter la quantité de bois mort, il est conseillé de choisir avec soin les arbres à cibler. Les arbres déjà endommagés ou ceux ayant une faible valeur commerciale pourraient être privilégiés. Il s'agit non seulement de limiter les pertes économiques, mais aussi parce que ces arbres sont souvent plus précieux pour la biodiversité, car ils constituent déjà un habitat (voir section 2.5).

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