L’écoblanchiment – la surestimation des bénéfices environnementaux – représente un risque émergent dans le secteur des investissements en restauration forestière en Europe. La finance fondée sur la nature est porteuse d’un immense potentiel : en restaurant les forêts, les investisseurs peuvent contribuer à la séquestration du carbone, au soutien de la biodiversité et à la génération de rendements durables. Cependant, toutes les initiatives de « restauration forestière » ne tiennent pas leurs promesses. Par exemple, le programme de compensation carbone forestière de Verra a fait l’objet d’un examen minutieux en 2023, lorsque des enquêteurs ont avancé que nombre de ses crédits de déforestation évitée étaient surestimés, soulevant des questions quant à son réel impact sur le climat. Si ces préoccupations ne remettent pas en cause l’ensemble du secteur des investissements fondés sur la nature, elles soulignent l’importance cruciale d’une diligence raisonnable. Les investisseurs avisés peuvent toujours financer des projets à fort impact, mais uniquement en exigeant un suivi et une validation rigoureux, la pérennité et l’additionnalité des effets, et en évitant la propagation des impacts négatifs à d’autres sites.
Un suivi et une validation efficaces sont essentiels pour prouver que les projets de restauration forestière atteignent leurs objectifs environnementaux et rassurer les investisseurs et les parties prenantes externes. Grâce à des systèmes de suivi robustes, vous pouvez suivre l'avancement de la restauration, évaluer les impacts écologiques et vérifier la rentabilité de votre investissement. Vous pouvez ainsi garantir que les efforts de restauration se traduisent par des bénéfices réels et mesurables pour la biodiversité et la séquestration du carbone.
Pour démontrer la réussite des projets de restauration, il est essentiel de les comparer à des références pertinentes. Dans le cadre de nos travaux, nous avons développé des outils pratiques pour appuyer une stratégie visant à optimiser les résultats de la restauration, ainsi que des recommandations sur la conception de plans de suivi efficaces pour la restauration forestière, permettant d'en vérifier le succès (voir nos Lignes directrices pour la mesure, le compte rendu et la vérification de la restauration forestière). Ces ressources vous permettent de prendre des décisions d'investissement éclairées, garantissant ainsi l'efficacité, la durabilité et l'impact de vos projets de restauration.
Le système de mesure, de notification et de vérification (MNV) est une approche structurée visant à suivre les progrès accomplis, à garantir la redevabilité et à évaluer l’impact des interventions. Il constitue le fondement des rapports du programme ONU-REDD+. Plus récemment, alors que les gouvernements et les gestionnaires cherchent à prendre en compte les avantages de la conservation des forêts au-delà du carbone stocké, les indicateurs pertinents pour les rapports MNV se sont élargis afin d’inclure de multiples indicateurs relatifs à la biodiversité et aux services écosystémiques (BSE).
Pour que les financements de la conservation profitent véritablement à la nature, les marchés doivent encourager des résultats qui n'arriveraient pas sans ce soutien – c'est ce qu'on appelle « l'additionnalité ». Un problème courant des instruments de marché est l'antisélection. Puisque les marchés de la nature suivent la logique classique du marché, ils incitent à la participation des fournisseurs dont les coûts d'opportunité sont faibles. Par exemple, un agriculteur pourrait cesser de cultiver ses terres si la vente de crédits de biodiversité est plus lucrative. Mais s'il était susceptible d'arrêter de toute façon, le crédit n'entraîne aucun gain réel pour la nature. Cela peut donner l'illusion d'une efficacité des marchés volontaires par rapport aux approches réglementaires, mais risque de financer des projets qui ne créent pas réellement de nouveaux avantages écologiques.
Deux autres points importants sont à considérer concernant les investissements dans les marchés de la nature : la pérennité et les effets néfastes. La pérennité fait référence à la durabilité et à la longévité des bénéfices environnementaux obtenus grâce à ces investissements. Ce principe est essentiel pour évaluer les impacts sur l’ensemble des services écosystémiques concernés et est bien connu dans le cadre du marché du carbone (Wunder et al., 2025). La pérennité est un enjeu majeur pour les marchés de la nature et la protection de la biodiversité. Certains impacts, comme l’extinction des espèces, sont irréversibles ; il est donc crucial de veiller à ce que les résultats des actions de conservation perdurent.