Un site Martelscope. Crédits photos : Gesche Schifferdecker
Cette étude examine si les marteloscopes (sites de formation forestière) utilisés par les forestiers peuvent également servir d'espaces de dialogue délibératif entre les gestionnaires forestiers et les jeunes militants pour le climat. En observant des exercices et des discussions de groupe, les auteurs constatent que ces contextes favorisent généralement une communication constructive et contribuent à la convergence de différentes perspectives. Ils notent toutefois qu'une hiérarchie des connaissances persiste souvent, ce qui peut limiter un dialogue véritablement ouvert. Les participants ont proposé trois manières alternatives d'appréhender les forêts : comme des écosystèmes vivants complexes, comme des lieux habités par des êtres vivants, et sous l'angle de la suffisance et de la durabilité (notamment au regard de la demande de bois et des marchés mondiaux). L'article soutient que de tels dialogues, en particulier dans des contextes informels et directs, peuvent améliorer la compréhension et la coopération entre experts et non-experts à un moment où la gouvernance forestière est confrontée à des conflits croissants dus aux changements climatiques et aux pressions sociétales.
Ces dernières années, les changements climatiques et les mutations sociétales ont accru la complexité des exigences liées à la gestion multifonctionnelle des forêts, engendrant de nouveaux conflits. Par conséquent, la gestion publique des forêts, en particulier, cherche à améliorer la communication et l'interaction avec des groupes sociaux qu'elle connaissait mal auparavant. Dans notre étude, nous appliquons le modèle délibératif de la démocratie pour évaluer la pertinence des sites de formation sylvicole (« marteloscopes ») pour favoriser une communication délibérative sur la gestion multifonctionnelle des forêts entre les forestiers et les jeunes militants pour le climat. Nous examinons également les cadres d'interprétation qui émergent dans ce contexte. Nous adoptons une méthodologie exploratoire, utilisant l'observation participante et des discussions de groupe, que nous analysons par des méthodes de reconstruction séquentielle. Nos résultats montrent que les exercices de marteloscope favorisent généralement un dialogue conforme aux critères de la communication délibérative. Nous observons également une hiérarchie des connaissances marquée, qui constitue un obstacle potentiel aux processus délibératifs ouverts. Nous avons identifié trois principaux cadres d'interprétation, proposés par les participants, qui remettent en question les conceptions forestières dominantes : (1) les forêts comme écosystèmes complexes, (2) composées d'êtres vivants, et (3) la durabilité comme notion de suffisance, axée sur la consommation de bois et le rôle des dynamiques du marché mondial. La prise en compte de ces cadres pourrait favoriser une meilleure communication entre les forestiers et les non-spécialistes face aux changements climatiques et autres transformations majeures. Par ailleurs, nous encourageons le recours à des espaces propices aux échanges informels et directs afin de recueillir et d'intégrer des perspectives qui ne seraient pas nécessairement représentées dans les structures de gouvernance traditionnelles.