Perturbations forestières dans une réserve forestière intégrale près de Cologne, en Allemagne
Quelles forêts devraient être strictement protégées pour favoriser au mieux la biodiversité ? Une nouvelle étude menée en Rhénanie-du-Nord-Westphalie explore cette question à l’aide de la modélisation spatiale afin de comparer différentes stratégies de conservation pour atteindre l’objectif de l’UE de protéger 10 % des terres. Les résultats montrent que différents objectifs de conservation conduisent à des priorités très différentes. Si les vastes zones sauvages créent des paysages plus connectés, elles ne protègent pas toujours la plus grande diversité d’habitats précieux. Impliquer les propriétaires forestiers privés peut améliorer significativement la biodiversité, mais nécessite des incitations efficaces et un soutien à long terme. L’étude démontre comment une planification systématique de la conservation peut aider les décideurs politiques à gérer les compromis et à concevoir des réseaux d’aires protégées à la fois écologiquement efficaces et socialement viables.
L’Union européenne s’est engagée à placer au moins 10 % de son territoire sous protection stricte d’ici 2030. Mais décider quelles forêts protéger est loin d’être simple. Faut-il privilégier la création de vastes zones sauvages, la protection des habitats les plus rares ou trouver des solutions également viables pour les propriétaires forestiers ?
Une nouvelle étude de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW), en Allemagne, explore ces questions en utilisant la « planification systématique de la conservation » – une approche de modélisation spatiale qui compare différentes stratégies de conservation et identifie où la protection apporterait les plus grands avantages écologiques dans des conditions réelles.
Les chercheurs ont élaboré cinq scénarios reflétant différentes orientations politiques, différents modèles de propriété forestière et différentes priorités en matière de conservation. Ils ont ensuite évalué dans quelle mesure chaque scénario répondait aux objectifs de biodiversité, en tenant compte de facteurs pratiques tels que la propriété publique et privée et les dispositifs d'incitation existants.
Les résultats montrent que des objectifs de conservation différents aboutissent à des cartes très différentes.
Une des solutions envisagées privilégie de vastes zones sauvages connectées où les processus naturels peuvent se dérouler avec une intervention humaine minimale. Si cette approche permet de créer des paysages protégés plus compacts, elle ne garantit pas nécessairement la plus grande diversité d'habitats forestiers précieux.
Une autre voie consiste à protéger le plus grand nombre possible d'habitats rares et écologiquement importants. Cette approche est plus efficace pour la biodiversité, mais dépend fortement de la participation des propriétaires forestiers privés.
« La façon dont nous définissons la réussite en matière de conservation influence fortement l’emplacement des nouvelles aires protégées », concluent les chercheurs. « Il n’existe pas de solution unique et optimale. »
L'étude souligne également l'importance des forêts privées. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où une grande partie des forêts est privée, le recours exclusif aux terres publiques ne permettra probablement pas d'atteindre les objectifs de conservation fixés par l'UE. Étendre la protection aux forêts privées grâce à des dispositifs d'incitation bien conçus pourrait améliorer sensiblement la représentation des habitats rares, à condition toutefois qu'un nombre suffisant de propriétaires fonciers choisissent d'y participer et qu'un financement pérenne soit assuré.
La modélisation a également mis en lumière une opportunité inattendue. Les forêts fortement endommagées par la sécheresse, les tempêtes ou les scolytes – souvent perçues comme des pertes économiques – pourraient offrir des possibilités rentables d'étendre une protection stricte. Laisser ces forêts se régénérer naturellement peut favoriser la biodiversité tout en réduisant les coûts liés à la protection des forêts très productives.
Au-delà de cette étude de cas, la recherche démontre comment les outils de planification spatiale peuvent favoriser des décisions de conservation plus transparentes et fondées sur des données probantes. Plutôt que de sélectionner des aires protégées de manière opportuniste, les décideurs politiques peuvent comparer différentes stratégies, comprendre les compromis qu'elles impliquent et identifier des solutions qui concilient les objectifs de biodiversité et les réalités socio-économiques.
Alors que les États membres de l'UE s'efforcent de mettre en œuvre la stratégie en matière de biodiversité à l'horizon 2030 et le règlement relatif à la restauration de la nature, cette étude fournit des orientations pratiques pour la conception de réseaux d'aires protégées à la fois écologiquement efficaces et socialement réalisables.
En définitive, la recherche montre que l’expansion de la protection des forêts ne se résume pas à atteindre des objectifs chiffrés. Il s’agit de faire des choix éclairés quant aux zones où la protection peut apporter les plus grands bénéfices à la biodiversité, à la résilience climatique et aux générations futures.