Plantation de haies de feuillus

Une méthode pour diversifier la monoculture productive du pin maritime

Bonnes pratiques

Le 04 septembre 2025
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Plantation d'une haie de feuillus le long d'une pinède maritime à Luxey, France ©AFB

Cette bonne pratique explique les implications techniques de la mise en place de haies de feuillus. Dans la forêt des Landes de Gascogne, l'une des plus grandes forêts artificielles d'Europe, le projet SUPERB-BOCAGE a relevé le défi de la transition d'une gestion intensive et lucrative de monocultures de pins vers des pratiques plus résilientes et respectueuses de la biodiversité. Grâce à une approche de laboratoire vivant, les acteurs concernés ont conçu et mis en œuvre conjointement des solutions innovantes, notamment l'installation de haies de feuillus diversifiées le long des plantations de pins maritimes. 

Contexte:

La forêt des Landes de Gascogne est l'une des plus vastes forêts artificielles d'Europe. Le million d'hectares de plantations de pins maritimes et près de deux siècles d'existence ont façonné une culture forestière très ancrée au sein de la population. Le pin maritime (Pinus pinaster) est une espèce indigène qui s'adapte remarquablement bien aux sols pauvres, sableux et acides qui caractérisent cette région, mais aussi à la sécheresse estivale, à l'engorgement hivernal, au froid modéré et à la pluviométrie variable (de 700 à 1400 1960 mm par an). Un programme de sélection spécifique, lancé dans les années 3, a permis d'améliorer sa croissance en hauteur et en diamètre, ainsi que la qualité de son tronc, de sa ramification et de son bois, sur plus de trois générations de vergers à graines. Conjuguée à une optimisation des techniques sylvicoles (mécanisation, plantation, production de plants, fertilisation phosphatée et réduction de la durée de rotation), la productivité annuelle moyenne du pin maritime a presque triplé en 50 ans. Il est ainsi devenu une espèce d'un intérêt socio-économique majeur, tant au niveau régional que national. Aujourd’hui, le pin maritime couvre 90 % de la surface forestière des Landes de Gascogne, principalement en peuplements purs. Cependant, cette homogénéité du paysage le rend vulnérable aux attaques d’insectes et de pathogènes, dont les risques s’accroissent sous l’effet du changement climatique. À cela s’ajoute une vulnérabilité accrue aux risques de tempêtes ou d’incendies de forêt lorsque les classes d’âge sont homogènes sur de vastes superficies. Il est essentiel de renforcer la résilience de la pinède afin de maintenir sa production de bois et de contribuer à la transition écologique.

Description du problème:

La forêt des Landes de Gascogne se caractérise par une gestion intensive et optimisée. Cependant, la multiplication des menaces pesant sur l'écosystème forestier et la résilience socio-économique suscite des inquiétudes quant à une éventuelle modification des méthodes de gestion établies. Même les plus grandes perturbations du passé, telles que les tempêtes de 1999 et 2009 qui ont ravagé 60 % du territoire, n'ont pas suffi à induire une évolution vers des pratiques de gestion forestière plus résilientes et diversifiées, faute d'alternatives concrètes. Le récent incendie de forêt de grande ampleur survenu en 2022 constitue une nouvelle occasion, particulièrement marquante, de repenser notre système de gestion forestière et la restauration des paysages. 

L'un des principaux défis consiste à déterminer comment initier des changements dans les pratiques forestières afin de mieux protéger la biodiversité et les écosystèmes, tout en travaillant au sein d'un système déjà hautement optimisé et axé sur la rentabilité. La communauté scientifique excelle souvent dans le diagnostic des faiblesses de nos modèles agricoles et forestiers et dans l'élaboration de nouvelles solutions. Cependant, la transition d'un état peu résilient, mais communément accepté, vers un état mieux adapté, mais hypothétique, se heurte souvent aux réalités du terrain. Il s'agit notamment d'adapter la gestion axée sur la production de bois, de sélectionner d'autres essences adaptées aux sols sableux pauvres, de surmonter les obstacles législatifs ou de prendre en compte les attentes divergentes des acteurs locaux. La solution proposée, qui consiste à planter uniquement des haies d'arbres feuillus, est facile à comprendre et à mettre en œuvre, sans compromettre la gestion productive du pin maritime.

Étapes de mise en œuvre :

Étape 1 : Sélection d'espèces adaptées au contexte local, écologique et socio-économique

Le choix des essences d'arbres pour la restauration forestière est crucial, car il est influencé par diverses sensibilités et expériences personnelles. Nous avons opté pour une démarche participative afin de tirer parti des connaissances locales et de garantir l'adhésion des parties prenantes au projet de restauration. Cette démarche est décrite dans la section consacrée à la participation des parties prenantes.

Étape 2 : Production et livraison des plantes

La réintroduction d'essences feuillues nécessite leur plantation et donc leur production en pépinière. Cette étape doit être anticipée au plus tôt, car l'approvisionnement en semences et la production de plants peuvent prendre plusieurs années, notamment pour les essences moins courantes. De plus, il est préférable que les plants des différentes essences soient mélangés dans leurs caisses de transport afin de faciliter le travail du planteur, qui les prend au fur et à mesure de leur arrivée. Dans le cas contraire, un ingénieur forestier devra peut-être veiller à ce que la plantation respecte un schéma de mixité des essences.

Étape 3 : Concevoir le plan et les modalités de plantation

La conception du plan de plantation repose sur des considérations écologiques et économiques qui déterminent la superficie, la largeur et la densité des plantations. Il s'agit d'un compromis entre la perte de surface rentable allouée à la diversification et la création d'un habitat cohérent et fonctionnel. Dans notre projet pilote, nous avons opté pour une densité de plantation relativement élevée afin de créer un environnement ombragé et humide, mais sur une largeur assez réduite de 3 à 4 mètres afin de limiter l'impact économique négatif. Pour réduire les coûts de la restauration, il a également été décidé d'utiliser une protection chimique contre le gibier plutôt qu'une protection individuelle physique, de laisser la haie à l'état naturel et de maintenir une ouverture tous les 100 mètres pour faciliter l'accès des pompiers. 

Étape 4 : Préparation du sol et plantation

Le sol a été préparé de la même manière que pour la plantation de pins, par labour. En général, la période optimale pour planter des feuillus est l'hiver. Les essences utilisées doivent être adaptées au type de sol et au niveau de la nappe phréatique du site. Les résultats des essais répétés nous permettent de formuler les recommandations suivantes :

- Landes humides à engorgement fréquent : Frangula alnus, Betula pendula, Alnus glutinosa, Betula pubescens

- Landes humides réhabilitées : Pyrus pyraster, Betula pendula, Rhamnus frangula, Sorbus aucuparia, Sorbus torminalis, Arbutus unedo, Frangula alnus

- Landes mésophiles : Quercus suber, Betula pendula, Arbutus unedo, Pyrus pyraster, Sorbus aucuparia, Sorbus torminalis, Sorbus domestica, Frangula alnus

- Landes sèches : Quercus suber, Quercus ilex, Quercus pyrenaica, Pinus pinea, Arbutus unedo

Engagement des parties prenantes:

Nous avons appliqué l'analyse multicritères (AMCD) comme méthode collaborative et rationnelle pour sélectionner les essences d'arbres à intégrer dans les haies restaurées. Nous avons établi une liste préliminaire d'essences potentiellement adaptées, basée sur des observations historiques. Chaque partie prenante a été invitée à évaluer, pour chaque essence, de multiples critères parfois contradictoires (statut indigène/exotique, taux de survie, biodiversité de l'habitat, approvisionnement en semences, esthétique paysagère, etc.) à adapter au contexte local. Nous avons ainsi obtenu une liste de dix essences privilégiées, dont l'utilisation sera adaptée aux micro-conditions du sol et de la nappe phréatique. 

Types de connaissances :

Connaissances locales et pratiques Ces deux éléments ont été utilisés lors de la première étape du processus de mise en œuvre. En effet, les connaissances acquises au fil du temps par les communautés locales vivant dans la zone de démonstration et par les praticiens menant leurs propres expériences ou pratiques de gestion forestière se sont avérées précieuses pour évaluer la pertinence du choix des essences d'arbres à tester au sein des haies. 

Savoir scientifique Ce système est utilisé pour le suivi annuel des haies plantées à titre expérimental. Il consiste à collecter des données sur le taux de survie, la sécheresse, les dégâts causés par le gibier et le taux de croissance. Ces mesures sont ensuite traitées afin d'établir des recommandations pour la plantation des espèces. 

Réplicabilité :

NON, cette pratique n'a été testée que dans le même contexte et à la même échelle ; il reste à prouver sa reproductibilité et son adaptabilité à différents contextes.

Facteurs clés de succès:

Le concept de haie vive implique de travailler dans les interstices (par exemple, la lisière entre deux parcelles ou entre une parcelle et une infrastructure comme des routes ou des pare-feu). C'est une zone plus facile à aménager et qui perturbe peu le reste de la gestion sylvicole de la parcelle, ce qui est plus facile à accepter pour le propriétaire et son gestionnaire, notamment dans un contexte culturel fortement productiviste. De plus, les lisières sont les zones les plus exposées aux aléas climatiques dans une parcelle forestière. Les transformer en haies vives non aménagées, auto-entretenues et diversifiées d'essences feuillues assure une meilleure protection du peuplement productif contre les risques d'intempéries ou d'infestations de ravageurs. Enfin, les haies vives linéaires de feuillus peuvent être plus facilement intégrées à une infrastructure, comme un réseau vert, au même titre que le réseau routier et les pare-feu pour lutter contre le risque d'incendie. De ce fait, elles deviennent plus visibles dans le paysage, mieux identifiées par les acteurs locaux, ce qui facilite l'application des réglementations et des mesures de financement en matière de conservation et de restauration.

Le protocole de suivi scientifique comparant des parcelles avec et sans haies de feuillus a mis en évidence la richesse de la biodiversité et son intérêt fonctionnel dans la régulation des insectes ravageurs locaux. Ceci a fourni des arguments aux associations environnementales et aux gestionnaires forestiers quant aux avantages de ces haies. Il a également permis de préciser la stratégie de déploiement à plus grande échelle : favoriser la restauration dans les zones à faible densité d’espèces à feuilles caduques a un impact plus important que l’amélioration de la connectivité des habitats.

Contraintes courantes :

Obstacle à la première étape de la mise en œuvre : Certaines espèces récemment adaptées, identifiées comme de bonnes candidates pour la plantation de haies, ne figuraient pas sur la liste officielle des matériels de reboisement forestier, qui donne accès aux financements publics. De ce fait, les nouveaux projets de restauration n'auraient pas pu bénéficier des subventions actuelles pour le reboisement, ce qui aurait nui au déploiement à plus grande échelle de la méthode. La participation des décideurs politiques régionaux aux ateliers de démonstration et des échanges approfondis ont permis de modifier cette liste afin d'y inclure nos nouvelles espèces indigènes.

Leçons apprises:

- Il est essentiel de garantir une large représentation des parties prenantes afin de tirer parti de leur expérience et de répondre au plus large éventail possible d'attentes.

- Rechercher le meilleur compromis entre les avantages écologiques, les attentes sociales et les intérêts économiques des propriétaires fonciers. 

- Lever les obstacles juridiques pour éviter les limitations de déploiement et faciliter la reproductibilité
Anticipez autant que possible la production en pépinière, notamment pour les espèces moins communes.

Impacts positifs :

  • Diversité accrue des habitats, y compris les micro-habitats
  • Une diversité accrue des paysages
  • Augmentation des attributs des forêts anciennes, par exemple les arbres vétérans
  • Une diversité structurelle accrue
  • Augmentation de la diversité des espèces d'arbres

Diversité accrue des habitats, y compris des micro-habitats : Tous les types de dendro-microhabitats présents sur les grands arbres de la haie ont été recensés selon la méthode de Larrieu et al. (2018). Les arbres des haies de feuillus présentent en moyenne une richesse en microhabitats 3 à 4 fois supérieure à celle des arbres des pinèdes. La présence de mousses, de lichens, de bois mort, de polypores, de lierre et de cavités sur les chênes est un indicateur indirect de leur capacité à abriter une biodiversité. Cette capacité augmente avec l'âge et le diamètre du tronc.

Diversité structurelle accrue : L’activité de restauration consiste à planter une diversité de jeunes plants, notamment des arbres de grande taille et des arbustes. Nous favorisons ainsi une importante diversité structurale des haies nouvellement installées. De plus, cette haie permanente diversifiera la diversité structurale à l’échelle du peuplement, en diversifiant la structure des plantations de pins maritimes équiennes.

Augmentation des attributs des forêts anciennes, par exemple les arbres vétérans: l'objectif de l'activité de restauration est de laisser les haies nouvellement installées sans entretien, ce qui devrait permettre à certaines espèces dominantes d'acquérir des caractéristiques de vieille forêt dans 70 ans.

Diversité accrue des espèces d'arbres : Nous essayons d'introduire au moins cinq espèces différentes dans les haies, en fonction de la disponibilité des plants dans les pépinières locales, du type de sol et du niveau de la nappe phréatique. Ainsi, la diversité des essences à l'échelle du peuplement passe d'une seule espèce (monoculture de pin maritime) à au moins six espèces.

Impacts négatifs :

  • Qualité ou quantité de bois réduite

Qualité ou quantité de bois réduitePerte de 2 % à 8 % de la surface productive du stand (selon la taille et la forme du stand).

Médiathèque

  • Haie de feuillus d'un an bordant une plantation de pins maritimes, France ©AFB
Source/Auteur(s)
  • Loïc Cotten (AFB) Célhiane Carré (AFB) Benoît de Guerry (IEFC)
Sujet
  • Restauration active
  • Mise en œuvre
  • Gestion forestière intégrative
Les intervenants
  • Propriétaires fonciers et praticiens
  • Planificateurs et exécutants
Interet
  • Boisement, reboisement
  • Diversité structurelle
  • Espèces d'arbres/diversité fonctionnelle
région biogéographique
  • Atlantic
Pays
  • France
Pilote de dégradation
  • Économique
Zone d'échelle
  • 10 km