Façonner les forêts de demain : comment l’écophysiologie peut-elle soutenir une gestion forestière intelligente face au climat ?

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03 mar 2026
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Sécheresse forestière (photo : images Adobe Stock)

Cet article présente des pistes scientifiques pour une gestion forestière intelligente face au climat, dans un contexte de réchauffement climatique et de sécheresse. Il explique comment le stress hydrique perturbe l'hydraulique des arbres, la répartition du carbone et le fonctionnement des écosystèmes, augmentant ainsi les risques de dépérissement. Il évalue différents leviers de gestion – choix des essences, peuplements mixtes, éclaircies, diversité structurale et gestion des nutriments – en soulignant les compromis nécessaires et l'importance de stratégies d'adaptation pour maintenir la résilience des forêts, le stockage du carbone et leur multifonctionnalité dans un climat qui se réchauffe.

Les forêts couvrent près d'un tiers de la surface terrestre et sont essentielles à la biodiversité, à la régulation du climat et au bien-être humain. Or, la hausse des températures, la multiplication des sécheresses et l'intensification des perturbations poussent de nombreux écosystèmes forestiers au-delà de leurs limites historiques. Une nouvelle étude, publiée dans New Phytologist, propose une feuille de route opportune et fondée sur des mécanismes pour une gestion forestière adaptée au climat dans ce contexte de changements rapides.

Cet article synthétise les connaissances actuelles sur la manière dont la chaleur et la sécheresse perturbent l'écophysiologie des arbres. Il explique comment la rareté de l'eau et les déficits importants de pression de vapeur altèrent les systèmes hydrauliques, réduisent la croissance avant même que la photosynthèse ne décline, modifient la répartition du carbone et accroissent la vulnérabilité aux ravageurs et aux pathogènes. Un stress prolongé peut entraîner une défaillance hydraulique ou une carence en carbone, provoquant à terme le dépérissement des forêts. À l'échelle de l'écosystème, ces processus affaiblissent la séquestration du carbone, modifient le cycle des nutriments et peuvent même transformer les forêts, initialement puits de carbone, en sources de carbone lors d'années extrêmes.

Surtout, les auteurs ne se contentent pas de diagnostiquer le problème. Ils évaluent de manière critique comment la gestion à l'échelle du peuplement peut atténuer ou aggraver le stress climatique. L'étude examine cinq leviers clés : la sélection des essences (y compris la migration assistée), les mélanges d'essences, la régulation de la densité du peuplement, la diversification structurale (âge, hauteur, stratification) et la gestion des nutriments. Plutôt que de proposer des solutions universelles, l'étude met en lumière les compromis nécessaires, par exemple entre la résistance à la sécheresse et l'efficacité de croissance.

L’une des contributions les plus novatrices réside dans l’intégration des « mécanismes des zones arides » à la foresterie climato-intelligente. Des caractéristiques telles que la redistribution hydraulique, l’absorption d’eau par les feuilles et le refroidissement du couvert forestier par flux de chaleur convectif – courantes dans les écosystèmes arides – pourraient être favorisées de manière proactive dans les forêts tempérées afin d’améliorer leur résilience face aux changements climatiques futurs.

Les auteurs concluent que les forêts mixtes inéquiennes et structurellement diversifiées, associées à des éclaircies ciblées et à une sélection rigoureuse des essences, sont susceptibles d'offrir la meilleure résilience face à la chaleur et à la sécheresse. Ils soulignent toutefois que des expérimentations à long terme et une collaboration plus étroite entre écologues et gestionnaires forestiers sont indispensables pour tester et perfectionner ces approches.

En ancrant la foresterie climato-intelligente dans des mécanismes écophysiologiques, cet article fournit une base scientifique solide pour la sauvegarde de la multifonctionnalité des forêts.

Médiathèque

  • Impacts potentiels de l’histoire climatique à long terme liée à l’eau sur la structure souterraine et aérienne et la répartition des ressources dans les mélanges d’espèces par rapport aux monocultures.
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Source/Auteur(s)
  • Arthur Gessler
  • José M. Grünzweig
  • Laura Bigio
  • Henrik Hartmann
  • Nate McDowell
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Sujet
  • Gestion forestière intégrative
  • Suivi et projection
Les intervenants
  • Propriétaires fonciers et praticiens
  • Planificateurs et exécutants
  • Acteurs politiques
Interet
  • atténuation des changements climatiques
  • Atténuation des risques et prévention des perturbations
  • Espèces d'arbres/diversité fonctionnelle