Graphique illustrant les 3 piliers de la « foresterie intelligente face au climat »
Face aux répercussions du changement climatique sur les forêts du monde entier, le concept de « foresterie intelligente face au climat » est devenu populaire dans les milieux scientifiques et politiques. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Une nouvelle étude, passant en revue une décennie de littérature scientifique, a révélé l'absence de définition unique. La foresterie climato-intelligente englobe en réalité différentes approches concernant les forêts et le changement climatique. Certaines privilégient le stockage du carbone, d'autres le renforcement de la résilience des forêts face aux sécheresses, aux tempêtes et aux ravageurs, tandis que d'autres encore mettent l'accent sur l'innovation, la gouvernance et la collaboration.
L’étude révèle également une lacune importante : alors que l’on attend des forêts qu’elles apportent simultanément des bénéfices climatiques, de biodiversité et économiques, les questions relatives à savoir qui prend les décisions, qui en bénéficie et qui en supporte les coûts reçoivent beaucoup moins d’attention.
En identifiant quatre manières récurrentes d'appréhender la foresterie climato-intelligente, cette recherche offre de nouvelles perspectives sur l'un des concepts les plus influents qui façonnent l'avenir de la gestion forestière.
Le changement climatique transforme les forêts du monde entier. La multiplication des sécheresses, des tempêtes, des incendies et des infestations d'insectes ravageurs complexifie la gestion forestière. Or, les forêts sont censées stocker le carbone, favoriser la biodiversité, fournir du bois, protéger les ressources en eau et soutenir les moyens de subsistance en milieu rural.
Dans ce contexte, la foresterie intelligente face au climat (FIC) est devenue un concept largement utilisé dans les milieux scientifiques et politiques. Mais qu’est-ce que cela signifie exactement ?
Une nouvelle étude réalisée dans le cadre de Projet FORWARDS Cette étude propose la première analyse systématique de l'interprétation de la foresterie climato-intelligente dans la littérature scientifique au cours de la dernière décennie. L'examen de 32 publications scientifiques parues entre 2015 et 2025 révèle que la foresterie climato-intelligente n'est pas un cadre unique et figé. Il s'agit plutôt d'un concept flexible qui rassemble différentes perspectives sur la manière dont les forêts devraient contribuer à la lutte contre le changement climatique.
À l'aide d'une analyse narrative thématique, les chercheurs ont identifié quatre approches récurrentes du rôle des forêts dans la lutte contre le changement climatique. Certaines publications mettent l'accent sur le rôle clé des forêts dans la réalisation des objectifs d'atténuation du changement climatique grâce au stockage et à la séquestration du carbone. D'autres insistent sur la nécessité de créer des forêts résilientes et multifonctionnelles, capables de continuer à fournir un large éventail de services écosystémiques malgré l'évolution du climat. Une troisième perspective met l'accent sur l'innovation, la technologie et l'amélioration des pratiques de gestion forestière, tandis qu'une quatrième privilégie la gouvernance, la collaboration et les dimensions sociales de l'action climatique.
Malgré ces différentes perspectives, l'étude a mis en évidence un point commun évident : la quasi-totalité des interprétations de la foresterie climato-intelligente visent à conjuguer atténuation et adaptation au changement climatique. Cependant, les chercheurs ont également identifié une lacune importante. Si les aspects sociaux, tels que la participation des parties prenantes, sont de plus en plus évoqués, les questions d'équité, de pouvoir et de responsabilité sont, quant à elles, largement négligées. Qui décide de la gestion des forêts ? Qui bénéficie des politiques forestières axées sur le climat ? Qui supporte les coûts et les risques de leur mise en œuvre ? Ces questions restent encore largement inexplorées.
L'étude souligne également l'évolution du cadre de gestion durable des ressources (CSF). Initialement axé sur les objectifs climatiques, ce concept s'étend de plus en plus à la conservation de la biodiversité et à des objectifs de développement durable plus larges. À mesure que de nouveaux objectifs sont intégrés, la compréhension des compromis potentiels devient primordiale. Les mesures visant à maximiser le stockage du carbone, par exemple, ne produisent pas toujours les meilleurs résultats pour la biodiversité, la production de bois ou les communautés locales.
En explicitant ces récits sous-jacents, l'étude offre une nouvelle perspective sur la gestion forestière durable. Plutôt que de se demander quelle interprétation est « correcte », elle montre comment différentes conceptions façonnent les politiques forestières, les priorités de gestion et les visions d'avenir pour les forêts.
Les auteurs concluent que la gestion forestière communautaire peut jouer un rôle important dans la lutte contre le changement climatique, à condition que les discussions dépassent le cadre des solutions techniques pour aborder également la gouvernance, la participation et la valeur ajoutée des forêts. Mettre en lumière ces différentes perspectives peut favoriser une gouvernance forestière plus transparente, inclusive et réflexive, à mesure que les sociétés font face à des défis climatiques de plus en plus complexes.