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Les efforts de restauration forestière suite à des infestations massives de scolytes visent à remplacer les monocultures d'épinettes dégradées par des peuplements plus diversifiés et résilients, mieux adaptés aux changements climatiques. Le recours à la succession naturelle et aux espèces pionnières constitue un outil essentiel pour la restauration des zones fortement perturbées. La réussite de ces efforts repose sur l'évaluation du potentiel de régénération naturelle, en tenant compte des conditions locales et des objectifs de gestion à long terme. Cette méthodologie de bonnes pratiques propose des solutions aux défis spécifiques liés aux déboisements de grande ampleur. Parmi ceux-ci figurent la rigueur du microclimat qui limite l'utilisation de certaines essences, les pénuries potentielles de matériel de plantation et les difficultés d'établissement de forêts à structure complexe.
Les forêts de République tchèque ont subi de profondes transformations sous l'effet du changement climatique et des perturbations qui en découlent. Elles sont dominées par l'épicéa commun (Picea abiesLes monocultures, ces écosystèmes sont devenus de plus en plus vulnérables à la sécheresse, aux dégâts causés par le vent et aux infestations massives de scolytes. Le déclin forestier important qui en résulte souligne l'urgence de mettre en œuvre des approches de restauration coordonnées et efficaces. Les stratégies de restauration actuelles privilégient donc l'établissement de peuplements mixtes plus résilients, mieux adaptés aux conditions climatiques prévues. Un élément clé de cette transition est le recours aux processus de succession naturelle, où les espèces pionnières, notamment Betula, Populus, Alnus, Sorbus et Salix- Ces techniques jouent un rôle crucial lors des premières phases de la restauration forestière sur les grandes clairières. Cette approche accélère non seulement le rétablissement du couvert forestier, mais améliore également les conditions de régénération des espèces de fin de succession, contribue à pallier les pénuries potentielles de matériel de plantation et réduit les coûts liés à la régénération artificielle. Elle favorise aussi, dès le départ, le développement de forêts diversifiées et structurellement complexes.
Bien que les objectifs de restauration soient généralement bien définis, la mise en œuvre de mesures de rétablissement des forêts en République tchèque demeure complexe. L'étendue et l'intensité des perturbations causées par les scolytes, les chablis et les sécheresses prolongées ont engendré de vastes étendues forestières gravement affectées. Nombre de ces zones présentent désormais une qualité de station réduite et une capacité de régénération naturelle limitée. La disponibilité restreinte de plants adaptés, notamment pour les espèces indigènes moins communes, constitue un autre obstacle. Les pénuries saisonnières perturbent fréquemment les calendriers de plantation, compliquant les efforts visant à établir des peuplements forestiers riches en espèces et résilients. Les fortes populations d'ongulés brouteurs posent un problème supplémentaire, car un broutage intensif peut empêcher l'implantation réussie des espèces cibles, qu'elles se régénèrent naturellement ou qu'elles soient plantées. Dans de nombreuses régions, l'obtention de forêts mixtes stables est illusoire sans une réduction préalable de la pression gibier. Une solution viable pour pallier ces contraintes consiste à recourir systématiquement à la régénération naturelle d'essences pionnières, en les intégrant intentionnellement à la planification de la restauration et à la formation des peuplements sur les vastes zones perturbées.
Étape 1 : Évaluation du site
Évaluer les conditions du site propices à la régénération naturelle. Se concentrer sur la taille, la forme, la pente, les caractéristiques du sol, les conditions hydrologiques, la disponibilité des semences et autres caractéristiques clés de la coupe à blanc. Utiliser à la fois les observations de terrain et les cartes typologiques et forestières existantes. Documenter les limites naturelles et artificielles du terrain (par exemple, les cours d'eau, les ruptures de pente, les pistes de débardage, les ravins d'érosion), ainsi que les arbres ou groupes d'arbres conservés après la récolte, le bois mort sur pied et au sol, et autres vestiges biologiques tels que la régénération naturelle ou la repousse. Ces vestiges biologiques et tous les éléments favorisant la biodiversité doivent être pris en compte lors du zonage fonctionnel ultérieur du site. Période recommandée : Réaliser cette évaluation dès que possible après la récolte de récupération.
Étape 2 : Zonage spatial pour la restauration
Divisez la zone déboisée en zones fonctionnelles en fonction de l'évaluation du site. Identifiez les zones à fort potentiel ou présentant une régénération naturelle existante des essences d'arbres souhaitées. Élaborez un plan détaillé du site indiquant les limites et la superficie de ces zones. Délai : immédiatement après l'évaluation du site.
Étape 3 : Mesures visant à soutenir la régénération naturelle
Les mesures sylvicoles visant à favoriser la régénération naturelle consistent à préparer le sol pour améliorer l'implantation des semis et à réguler la végétation au sol. Chaque mesure est adaptée au site et doit reposer sur une connaissance approfondie des conditions locales. Délai d'application : immédiatement après l'évaluation du site, jusqu'à 5 ans après la récupération du bois.
Étape 4 : Contrôle, amélioration et suivi de l’état de santé
Surveillez régulièrement l'état des semis et des jeunes plants issus de régénération naturelle, en notant leur survie, leur croissance et tout signe de stress ou de dommage. Contrôlez leur taux de croissance et, si nécessaire, régulez la concurrence des adventices et le développement du peuplement par des interventions appropriées. Réalisez ces opérations annuellement pendant les 5 à 10 premières années afin de garantir une bonne implantation et une composition spécifique équilibrée. Période : 5 à 10 ans après les travaux de restauration initiaux.
Savoir scientifique
Les recommandations générales visant à soutenir la régénération naturelle après les coupes catastrophiques reposent sur des preuves scientifiques bien établies, qui soulignent constamment l'importance de promouvoir les processus naturels à tous les niveaux de l'écosystème forestier.
Connaissance pratique
La restauration des forêts après les infestations de scolytes s'appuie également sur une longue expérience pratique en foresterie, garantissant ainsi la faisabilité des mesures de restauration sur le terrain. Celle-ci comprend des pratiques sylvicoles éprouvées, telles que la sélection de sites appropriés à la régénération naturelle et l'application de techniques adéquates de préparation et de nettoyage des sols.
La pratique de restauration a été appliquée dans le cadre de la mise en œuvre du projet SUPERB – Solutions systémiques pour l’intensification de la restauration urgente des écosystèmes pour la biodiversité et les services écosystémiques liés aux forêts (Horizon 2020).
L'utilisation de la succession naturelle, dans laquelle des espèces pionnières telles que Betula, Populus, Alnus, Sorbus et Salix Elles jouent un rôle clé dans les premières étapes de la restauration forestière. Elles accélèrent le rétablissement du couvert forestier, améliorent les conditions de régénération des espèces de fin de succession, contribuent à atténuer les pénuries de matériel de plantation et réduisent les coûts associés à la régénération artificielle.
Parmi les facteurs clés de succès figurent la sélection de sites propices à la régénération naturelle, en fonction de leurs caractéristiques édaphiques, morphologiques et microclimatiques. À moyen terme, un suivi rigoureux et des mesures sylvicoles appropriées sont indispensables pour réguler la composition du peuplement et optimiser l'effet des espèces pionnières.
L'utilisation de la régénération naturelle présente des contraintes courantes, notamment l'incertitude quant à son succès et sa variabilité temporelle et spatiale, inhérentes à notre dépendance à des processus naturels difficilement maîtrisables. Un suivi et des interventions opportunes sont donc essentiels pour corriger les situations insatisfaisantes ou orienter le développement ultérieur des peuplements. Les difficultés sociales découlent principalement de la perception négative du public face aux vastes défrichements ; il est donc primordial de privilégier une communication efficace avec les municipalités, la sensibilisation et la participation active des communautés locales. L'utilisation et la promotion d'essences pionnières, capables d'une régénération rapide et de restaurer le caractère typique des milieux forestiers, sont bénéfiques.
Une diversité structurelle accrue
L'utilisation d'essences d'arbres aux dynamiques de croissance différentes, combinée à une diversification spatiale et temporelle de la régénération, favorise le développement d'une plus grande diversité structurale dans un délai relativement court après le reboisement. En associant des espèces à croissance rythmique différente, les peuplements forestiers peuvent rapidement former une structure à plusieurs strates, renforçant ainsi leur stabilité et leur résilience écologiques. Un exemple typique est l'intégration de bouleaux à croissance rapide dans la canopée supérieure, associés à des sapins argentés se développant dans les strates inférieures.
Adaptation climatique accrue des espèces d'arbres
Les espèces pionnières améliorent les conditions microclimatiques, stabilisent le sol et accélèrent la formation d'humus, créant ainsi un environnement plus favorable aux espèces mieux adaptées à long terme aux changements climatiques.
Amélioration de la santé des sols
L'approche décrite privilégie les essences d'arbres ayant un effet positif avéré sur les propriétés physiques, chimiques et biologiques du sol, contribuant ainsi à améliorer sa fertilité, sa stabilité et sa résilience. Il s'agit principalement d'espèces riches en litière, comme le bouleau, l'aulne et le peuplier, qui participent significativement à la teneur en matière organique du sol et au cycle des nutriments.
Le recours exclusif à la régénération naturelle peut conduire à des peuplements présentant une proportion moindre d'essences commercialement intéressantes, réduisant ainsi le potentiel de production de bois à long terme. Parallèlement, la création de forêts mixtes et structurellement diversifiées impose des exigences et des coûts plus élevés aux gestionnaires forestiers et peut entraîner une baisse des revenus attendus des récoltes de bois. Une modification fondamentale de la composition des essences et une part croissante des récoltes issues de classes de diamètre plus petites nécessiteront également une adaptation considérable du secteur de la transformation du bois, notamment des changements dans les technologies de transformation et les chaînes d'approvisionnement. La diminution des volumes de récolte et des dimensions des grumes pourrait accentuer la pression économique sur les propriétaires forestiers, soulignant la nécessité de stratégies de gestion forestière plus efficaces et plus rentables.